La pierre sans chagrin

Edition d’Art de “La Pierre sans chagrin”, poèmes d’Henry Bauchau illustrés et calligraphiés par Albert Palma

Cette édition comporte 100 exemplaires en sérigraphie, imprimés par les Ateliers Del Arco à Paris. Chaque exemplaire
comporte un DVD du film “La Main et l’Esprit” réalisé par Thomas Johnson, film poétique autour de l’élaboration de cet ouvrage.
“LA PIERRE SANS CHAGRIN” ET SON DOCUMENTAIRE SONT LES
FRUITS DE LA RENCONTRE DE DEUX ARTISTES :

HENRY BAUCHAU, poète, romancier, dramaturge

et

ALBERT PALMA, artiste, essayiste

Tous deux se sont reconnus, habités d’un souffle commun.

L’esprit de l’écrivain rencontre la main du calligraphe autour d’une démarche esthétique et philosophique commune : une recherche de sens et de cohérence dans le dépouillement et la sobriété, dans la rigueur et la précision, le rythme (le temps) et le mouvement.

Henry Bauchau est principalement connu comme romancier et dramaturge.
Ses romans - Oedipe sur la route, Antigone, Le Régiment Noir, L’enfant bleu, entre autres - et ses pièces de théâtre, Gengis Khan, La reine en amont, etc… - sont traduits dans le monde entier. Son oeuvre poétique est moins connue, pourtant il place la poésie au sommet de tous les arts. L’écriture de poèmes l’a accompagné, dans l’intimité de puis plus de cinquante ans, tout au long de sa carrière couronnée de nombreux prix. La Société des gens de Lettres lui a décerné son Grand Prix 2005 pour l’ensemble de son oeuvre. Henry Bauchau est membre de L’Académie Royale de Belgique.

Albert Palma a longtemps vécu en Asie, au Japon en particulier où il était responsable de la chaire de culture comparée au Collège des hautes études de l’université de Tsukuba. Après avoir enseigné les Arts Martiaux à Tokyo et étudié durant dix ans La Voie des Arts dans la même ville, il se consacre en particulier à l’écriture, au dessin et à la peinture.

La rencontre de ces deux artistes, tous deux sensibles aux convergences culturelles, en particulier asiatiques et occidentales, se concrétise autour de La pierre sans chagrin, une des oeuvres poétiques majeures du vingtième siècle.

Autour de La pierre sans chagrin, la main et l’esprit se conjuguent. Le mot et le trait se marient. Henry Bauchau et Albert Palma se retrouvent, unis par ce souffle, qu’ils nous invitent à partager et à expérimenter.

La Main et l’Esprit

Documentaire de 45 minutes

Année de production : 2006
Play Film
Pays de tournage : France

Réalisateur :Thomas Johnson
Chef opérateur : Katell Djan

Ce documentaire filme la rencontre du poète et écrivain Henry Bauchau et de
l¹artiste calligraphe Albert Palma.

Il se concrétise autour de l¹édition artistique de “La pierre sans chagrin”, oeuvre poétique majeure de Henry Bauchau. Cette oeuvre est à la fois révélée par son auteur qui nous plonge au coeur de la démarche poétique et par la main du calligraphe qui matérialise le verbe et l’illustre.

Par leur recherche du mot et du geste justes, ils témoignent ensemble de leur volonté de trouver une cohérence interne, un souffle et un rythme qui mènent à l¹indicible. Ensemble, ils permettent au corps esprit de se manifester.

Un film qui évoque à la lumière d’un jour à l’abbaye du Thoronet, un voyage du “chaos initial” au “rire”.

Un film qui par la rencontre de Henry Bauchau et d’Albert Palma, par celle de la main et de l’esprit, contribue à éclairer les concepts poétiques de l’Orient et de l’Occident…

© Play Film

Pour toute question ou pour demander un bulletin de souscription, merci de s’adresser à:

La pierre sans chagrin d’Henry Bauchau illustrée par Albert Palma

Texte de Myriam Watthee-Delmotte

Vernissage au Centre Wallonie-Bruxelles, 15 novembre 2006

C’est un honneur et un plaisir pour moi que d’ouvrir, à titre de spécialiste de l’oeuvre d’Henry Bauchau et responsable du “Fonds Henry Bauchau” de l’Université catholique de Louvain, cette exposition de l’édition de La pierre sans chagrin illustrée par Albert Palma.

Si tu n’aimes pas la matière,

Qui t’aimera ?”

Ces vers donnent à eux seuls la tonalité générale de ce recueil. Henry Bauchau y parle par question, à la forme conditionnelle et négative, pour dire, en creux, ce qui échappe totalement à son emprise et ne peut, pour lui, s’exprimer que de biais : l’importance de la présence au monde, de l’accord avec la matière du réel. Au départ d’une fascination pour ce lieu de sobriété et de sérénité qu’est le Thoronet, Henry Bauchau construit un recueil de poèmes où se dit par contraste la fragilité de celui qui ne peut que rêver à pareille paix intérieure. Taillant non la pierre mais les mots, il bâtit une oeuvre qui ne peut, à son sens, en rien se comparer à celle de ce frère bâtisseur qu’il évoque, qui ” a bâti cette demeure et soutient encore notre esprit dans sa maison de certitude”. Et s’il se sent solidaire de “ces hommes aventurés qui sont faibles, sauvages, imprégnés si pauvrement dans l’être”, il lui est impossible de s’assimiler à ceux “qui opèrent de leurs mains la création de ton image”, n’étant pas inclus dans le cercle des croyants ni des fidèles, mais bien dans celui, plus incertain, de ce qu’il appelle douloureusement le “peuple du désastre”.
C’est là qu’intervient la “règle” :

Avec mes pierres carrées

je t’enfermerai dans une oeuvre

car tu es coureur de chagrins

et la règle est d’apprendre à rire

Homme

avant de mourir.

C’est là précisément que se situe le point de rencontre entre Henry Bauchau et Albert Palma. Là où le poète a tenté l’ouvrage de maîtrise du langage, l’artiste s’est lancé dans un travail rigoureux sur l’espace visuel. Chez l’un comme chez l’autre, la règle sera celle de la simplicité du mot ou de la ligne rendus à leurs résonances premières sur un arrière-plan de dépouillement sonore ou visuel. L’un comme l’autre vont s’astreindre à la régularité, à la reprise inlassable de l’infime qui, dans ce geste même de reprise, prend une signifiance insoupçonnée. Il y a chez Henry Bauchau la nostalgie de la parole incantatoire, comme il y a chez Albert Palma la résurgence de l’enlumineur : cette attention commune au détail qui, soudain, reprend de la présence, du sens ; ce souci de l’ascèse des moyens d’expression, ce désir de dire ou de faire voir l’insaisissable à travers le mot ou la ligne nus, rendus à leur capacité d’expression, d’invention, d’ouverture maximales ; cette commune entrée dans le temps de la patience, un temps qui n’est plus, comme dans la vie utilitaire ordinaire, l’ennemi à abattre, mais au contraire l’allié indispensable de l’oeuvre à réaliser.

Henry Bauchau et Albert Palma s’avèrent des artisans autant que des créateurs, et l’on pourrait estimer à bon droit qu’ils se situent à l’écart du tourbillon ordinaire de l’efficacité qui nous presse. Qu’ils sont d’un autre temps. C’est peut-être précisément la raison pour laquelle leur oeuvre nous touche si profondément : à notre tour, nous entrons dans cette fascination qui a retenu Henry Bauchau à l’égard de la sérénité monastique du Thoronet, ou à l’égard des sagesses orientales, non moins d’ailleurs qu’Albert Palma. Car ce qui se dit ou se montre ici de la présence au monde et de l’amour simple de la matière, que ce soit celle de la pierre, celle des mots, ou celle des formes visuelles et des couleurs, est précisément ce qui devient pour nous hors d’atteinte, prisonniers que nous sommes d’une vie à toute allure. J’en veux pour preuve l’engouement dont fait l’objet l’oeuvre d’Henry Bauchau, qui touche actuellement tous les publics, des plus anciens aux plus jeunes lecteurs, et aussi les non-lecteurs qui éprouvent exceptionnellement pour cette oeuvre une forte attirance et se passent ses livres de mains en mains comme un plaisir à offrir en partage. Et elle interpelle tout autant les lecteurs professionnels que sont les critiques et les écrivains, comme en témoigne la tenue de six colloques internationaux sur son oeuvre à ce jour, et l’effervescence des publications critiques. Pour ne reprendre que trois parutions de cet automne : les actes du colloque “Pierre Jean Jouve et Henry Bauchau, voix de l’altérité” (une rencontre de chercheurs qui s’est tenue à Louvain-la-Neuve et Dijon en automne 2005), le numéro de la revue Nu(e) intégralement consacré à l’auteur qui rassemble des contributions d’écrivains, de plasticiens et de critiques belges, français, canadiens, et autres, ou encore l’ouvrage actuellement sous presse d’Olivier Ammour-Mayeur sur “Henry Bauchau, une écriture en résistance”.

Que nous apporte cet écrivain, qui justifie cet élan spontané vers son oeuvre pourtant si peu médiatisée ? A la fois l’aveu de sa difficulté à vivre, qui nous parle de nos propres déchirures, et le témoignage de sa ténacité à trouver du sens dans ce qu’il façonne de ses mains dans la matière des mots et qu’il nous offre en partage ; il nous renvoie ainsi à notre besoin de respirer dans un monde suffocant, de palper le langage de la beauté des choses simples dans un univers de surcharge qui les occulte ou les oublie. Pour le dire en un mot : Henry Bauchau touche notre besoin inassouvi de contemplation.

Que lui répond Albert Palma ? C’est de son handicap même, de cette douleur d’avoir perdu l’ouïe suite à un accident, qu’il tire la force particulière de son art, tout en concentration. Son travail est aussi don de soi pour faire parler les lignes, les couleurs, les formes, dans un mouvement de reprise qui n’est jamais ressassement, mais toujours vibration, élaboration d’une icône à travers laquelle on perçoit la palpitation du vivant. C’est dans la répétition du même geste parfaitement maîtrisé que, chez Albert Palma, comme dans les rituels spirituels les plus élaborés, on atteint la plus grande liberté intérieure, et l’ouverture à la plus haute expression de soi.

“Le poème”, dit Henry Bauchau, “ne parle que pour écouter”. Albert Palma, écarté des tumultes du monde, sait écouter mieux que quiconque la parole profonde du poète et lui donner une résonnance visuelle où se lit une communion intense, tant dans la douleur que dans cette “fête de l’existence” voulue, et construite dans la patience. Je tiens donc à remercier chaleureusement Albert Palma pour cette oeuvre hors du commun dont il nous gratifie, et qui, autant ou plus qu’un art de peindre ou qu’un art de lire, est un art de vivre.

Myriam Watthee-Delmotte

Maître de recherche du FNRS

Professeur à l’Université catholique de Louvain

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