Le peuple de la main
“Le peuple de la main” d’Albert Palma en librairie
Plus d’information, sur le site de l’éditeur : http://www.editions-bayol.com/pages/presse_Palma.php
La préface d’Henry Bauchau au livre “Le peuple de la Main” d’Albert Palma aux éditions Jean Paul Bayol
Il y a dans la manière d’être d’Albert Palma, dans ses écrits, et ses calligraphies un mélange de cérémonial, de simplicité détendue et d’imprévisible. Cela est dû à sa formation aux arts martiaux et à la faculté de rebondissement dont témoigne sa vie. Si l’on peut rebondir c’est qu’on est en contact et en appui avec la terre.
Le cérémonial dont s’entoure le style d’Albert Palma, qui est aussi l’homme à la paume ouverte, tient à son long séjour au Japon, à l’apprentissage puis à l’enseignement des arts martiaux. Il n’est pas devenu un Oriental mais il s’est imprégné de la pensée extrême-orientale et s’est dégagé de la pensée occidentale moderne et de sa façon de chercher des réponses techniciennes aux problèmes du monde et de la vie.
Sa santé, l’écartant en partie de la pratique des arts martiaux, Albert Palma s’est tourné vers la calligraphie et l’écriture. Sa calligraphie, admirable de retenue et de régularité, l’a amené à des formes de dessin et de peinture où se retrouvent la patience , l’élan et le style des arts martiaux.
Il ne s’agit pas d’une peinture abstraite, les formes sont rythmées, parfois proches de vitraux, le corps et ses mouvements y sont toujours présents, ce sont eux qu’on ressent derrière les courbes, les horizontales, les verticales et les nombreux obliques dont sont formées ses peintures.
Les matériaux sont d’une grande simplicité : le papier, la plume, les encres aux diverses couleurs, parfois le pinceau. Ces peintures, d’un style contenu, entourées toujours d’une marge évoquent les éléments fondamentaux, la terre, le ciel, la mer : Non pas celle des plages vacancières mais “la mer, la mer toujours recommencée” qu’évoque Paul Valéry dans “Le cimetière marin”. Les peintures d’Albert Palma s’étendent sur le papier comme des vagues qui ne nous font pas oublier que c’est notre œil qui les sépare et qu’elles sont en réalité l’océan lui-même, de la même façon que nos corps, nos esprits et les événements de la vie ne forment qu’un tout dont nous ne percevons que rarement l’unité.
Le Journal d’Albert Palma rassemble, au jour le jour, événements, rencontres avec la pensée et l’œuvre des autres péripéties de la vie quotidienne éclairées par une lumière native. Si le Journal, comme les calligraphies et les tableaux, vise une forme, c’est par la voie d’une fermeté artisanale, qui laisse l’imprévisible inspiration se déployer librement dans le langage accessible et médité du peuple de la main, du peuple de l’esprit, loin du monde formaté qu’on nous prépare aujourd’hui.
Henry Bauchau
