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Geïdô la voie des arts

Auteur Albert Palma
Langue Français Éditeur : Albin Michel (2001)
Collection Essais clés
Format Broché - 157 pages
ASIN 2226122141
Dimensions (en cm) 2 x 21 x 26

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Dernier-né de la collection Clés, Geïdô est une pièce rare. Résultat d’une recherche existentielle acharnée de plus de trente ans - celle de l’artiste martial Albert Palma -, c’est à la fois une très belle présentation des « principes de l’esthétique et de l’art guerriers du Japon » et une interrogation plus que vivante sur notre propre gestuelle quotidienne.

Si vous demandez à un jeune Japonais d’aujourd’hui ce que signifie le mot « Geïdo », il risque de caler. Cette expression ancienne et quelque peu oubliée désigne la double voie des armes et des arts que tout samouraï digne de ce nom se devait de suivre. Pendant plus de sept siècles, les vrais chevaliers nippons apprirent parallèlement : le maniement du sabre, la calligraphie, la danse, la poésie et l’ikebana ou art du bouquet. Cette volonté d’apprentissage du “geste juste”dans ses formes les plus complètes et les plus élevées est devenue légendaire. Par exemple dans la saga de Miyamoto Musashi - dont on reconnaissait la signature inimitable à sa façon de trancher une rose. Ou dans le mythe de Sekyun, le samouraï qui, après son soixantième combat victorieux, renonça soudain à tuer et mit toute son énergie à transformer son art de mort en art de vie. Cela se passait au 18° siècle. Il allait falloir attendre encore cent cinquante ans, avant que cette métamorphose se généralise et que presque n’importe qui comprenne qu’un « art martial » est une sublimation des discipline s guerrières de l’homme ancien. Désormais au service des gestes de vie.
Maintenant, si vous demandez à un jeune Français ce qu’étaient les « Académies d’équitation » du 17° siècle, vous risquez de ne pas trouver de réponse non plus. Il sera un peu plus excusable que son homologue Japonais : cette institution géniale n’a duré qu’un petit siècle. Encouragée par Montaigne, instituée par Richelieu, elle offrait aux jeunes chevaliers français une formation tout aussi holistique que le Geïdô. Mais ces Académies ne purent tenir le coup, face à la dispersion échevelée de l’esprit moderne, tout à son industrieuse spécialisation.

Au 21° siècle, l’ambition des successeurs des samouraïs-chevaliers est de retrouver cette éducation simultanée du corps, de l’esprit et de l’âme, mais avec un esprit libertaire ! L’homme grâce à qui Albert Palma, à l’époque jeune et téméraire intellectuel -aventurier français, s’est retrouvé un jour habité par cette noble quête, s’appelle Aoki. Dauphin de l’école de karaté Shotokaï - qui constitue une voie de sagesse, étrangère à tout combat dualiste et à tout match télévisé -, Aoki aurait pu couler des jours tranquilles. Son excellence incontestée faisait de lui le futur maître d’une grande école. Seulement voilà : le souvenir d’Hiroshima, associé dans sa mémoire à l’incendie au phosphore du port de Yokohama, où presque toute sa famille avait péri, faisait de lui un mutant. Obligé de comprendre d’emblée la version humaniste du Geïdô, pareil homme ne pouvait se contenter de gérer peinardement le legs de ses maîtres. Il eut très tôt le désir intense de mettre la quintessence des arts martiaux au service de tous, hommes et femmes, jeunes et vieux, athlètes et malades. Ainsi inventa-t-il, dans les années 60, le shintaïdo (“nouvelle voie du corps”), dont l’innovation la plus belle fut sans doute d’introduire l’énergie féminine dans le karaté, mêlant à la hardiesse des coupes, au sabre ou à main nue, et à la verticalité de l’axe, le lâcher prise du wakamé (l’algue).

De son côté, Albert Palma, maigre Jack London situationniste, philosophe légèrement surdoué, avait échoué au Japon après une jeunesse enragée et un accident gravissime qui l’avait laissé à demi-mort, les poumons brûlés au énième degré. Le shintaïdo le tira miraculeusement d’affaire. Il en devint le plus vibrant élève, poussant plus loin qu’aucun Nippon la rigueur de l’esprit samouraï. Pendant dix ans, il vécut là -bas, le jour à l’université de Tsukuba, comme professeur de cultures comparées, la nuit sur les dojos, comme apprenti, assistant, et bientôt maître, officiellement habilité à ouvrir sa propre école. Transfiguré, il rentra en France et créa la Société des Gens de Gestes (SGG), s’avouant riche d’une ambition énorme : enseigner le Geïdô aux Occidentaux, marier l’étude du shintaïdo, des percussions, de la philosophie, de la danse, du théâtre, de la calligraphie… Avant de le laisser repartir, maître Aoki, l’avait prévenu : « Ce sera difficile »…

L’ouvrage dont il est question ici fait partie de ce rêve en accomplissement. Préfacé par Tadao Takemoto, ami et traducteur de Malraux (que l’on voit en contemplation devant la fameuse cascade de Nachi), illustré de dizaines de photos et d’estampes rares, il est rédigé dans une écriture sobre et belle, tendue comme un arc entre les deux extrêmes du jaillissement et de l’abandon.


Méta